Crise de Ceuta : l’Espagne appelle ses alliés à ne pas blâmer le Maroc
L’UE intensifie la lutte contre la désinformation au lieu de s’opposer à Rabat
Selon trois sources, l’Espagne a demandé aux autres gouvernements européens d’éviter de critiquer publiquement le Maroc pour son rôle dans la crise migratoire de Ceuta.
Madrid a formulé cette demande visant à faire taire tout message négatif à l’égard de Rabat lors de la réunion en ligne des ministres de l’Intérieur mardi, alors que nombre d’entre eux s’interrogeaient sur la manière dont 72 000 personnes avaient pu pénétrer sur le territoire espagnol en Afrique du Nord en si peu de temps.
L’appel de l’Espagne souligne la volontéde l’UE de ne pas s’aliéner un partenaire clé qui restera essentiel à la gestion des flux migratoires vers l’Europe à l’avenir. Rabat est également depuis longtemps un allié de l’UE en matière de lutte contre le terrorisme et de partage de renseignements.
Interrogé mardi lors d’une conférence de presse sur la responsabilité de cette crise, Fernando Grande-Marlaska, ministre espagnol de l’Intérieur, a déclaré : « Il n’y a pas nécessairement quelqu’un à blâmer. » Mis à part une allusion voilée du ministre de la Défense, l’Espagne s’est abstenue de critiquer publiquement Rabat.
Une source gouvernementale occidentale a déclaré à Euractiv que le Maroc aurait, au moins tacitement, approuvé l’afflux vers Ceuta et que cet incident visait probablement à adresser un avertissement politique à Madrid.
La situation a également été attisée par de fausses allégations circulant sur les réseaux sociaux concernant un arrêt de la Cour suprême espagnole, qui aurait interdit aux autorités espagnoles de procéder à des retours forcés « immédiats » de migrants en situation irrégulière arrivés par la mer à Ceuta et Melilla.
Peu après, des responsables occidentaux ont également observé que des acteurs de l’écosystème de désinformation russe ont réagi « très rapidement et à grande échelle » aux événements survenus à la frontière hispano-marocaine.
Friedrich Merz, le chancelier allemand, a ouvertement appelé le Maroc à prendre ses responsabilités et à reprendre les migrants. Mais d’autres dirigeants de l’UE ont évité de faire allusion à la responsabilité du royaume, alors même que des analystes et des reportages médiatiques s’interrogeaient sur la manière dont un passage à si grande échelle avait pu avoir lieu sans au moins un assouplissement de ses contrôles frontaliers habituellement stricts.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a réaffirmé le principe selon lequel les migrants ne doivent pas être instrumentalisés pour faire pression sur l’UE – sans toutefois nommer le Maroc. Elle a évoqué la possibilité d’offrir un soutien financier accru au Maroc, alors que la Commission européenne envisage d’approfondir les liens entre Bruxelles et Rabat.
L’accent mis sur la désinformation
Au lieu de pointer du doigt ses principaux partenaires, la réponse européenne a largement recentré l’attention sur le rôle des passeurs et sur la possibilité que la désinformation sur les réseaux sociaux ait amplifié les messages des criminels.
C’est également l’un des principaux messages que Rabat a souhaité faire passer. Dimanche, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Rachid Khalfi, a imputé à « l’exploitation de l’espace numérique » la responsabilité d’avoir donné l’impression qu’entrer en Europe via Ceuta est facile et n’entraîne aucune conséquence juridique.
Le Maroc a également imputé la responsabilité à la décision de justice espagnole qui a déclenché ces spéculations, affirmant que Madrid aurait dû prévoir ces conséquences.
Magnus Brunner, commissaire européen chargé des migrations, a déclaré mardi qu’Europol, l’agence de l’UE chargée de soutenir les forces de l’ordre nationales, enquête sur d’éventuelles campagnes de désinformation liées à la crise.
Les ambassadeurs et ministres de l’UE ont discuté cette semaine du rôle de la désinformation dans la crise, s’accordant sur la nécessité d’un meilleur partage des renseignements.
Le Service européen pour l’action extérieure a commencé à examiner si des acteurs russes ont cherché à exploiter cet événement sur les réseaux sociaux à des fins politiques, ont indiqué des sources.
Frontex, l’agence européenne des frontières, envisage également un élargissement de ses compétences dans le cadre d’une prochaine révision menée par la Commission européenne, afin d’inclure la capacité de surveiller la désinformation se propageant sur les réseaux sociaux.
Toutefois, il n’existe aucune étude ni enquête indépendante claire concernant une campagne coordonnée avant les événements survenus la semaine dernière.
Anupriya Datta et Nicoletta Ionta ont contribué à cet article
(ow, aw)
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