August 9, 2026

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Nigeria : La question sécuritaire entre tensions avec l’AES, vague d’enlèvements et tournant vers des polices d’État

President Bola Ahmed Tinubu
President Bola Ahmed Tinubu

Nigeria : La question sécuritaire entre tensions avec l’AES, vague d’enlèvements et tournant vers des polices d’État

Le 09/08/26 à 02:40
modifié 09/08/26 à 02:56
Les déclarations du Président de la République fédérale du Nigeria, Bola Ahmed Tinubu, sur l’origine d’une partie de l’insécurité dans le nord du Nigeria prennent une résonance particulière au moment où le pays fait face à une nouvelle flambée d’enlèvements. Lors d’une rencontre avec des chefs traditionnels nigérians, le 30 juillet dernier, le président nigérian a attribué certaines attaques et rapts à des éléments terroristes venus de pays voisins. Ces propos ont suscité une réaction ferme de l’Alliance des États du Sahel (AES), par la voix du ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, qui a rappelé, dans un communiqué publié le 7 août, que le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigeria « font face au même ennemi ».

Au-delà de la passe d’armes diplomatique, cette polémique intervient dans un contexte sécuritaire de plus en plus lourd. Début août, plus de 300 personnes enlevées dans le nord du Nigeria ont été secourues lors d’une vaste opération menée dans la forêt du parc national du lac Kainji. Parmi elles figuraient des habitants de Woro, dans l’État de Kwara, et d’autres victimes enlevées dans l’État du Niger. Quelques jours plus tôt, au moins 52 personnes, dont des enfants, avaient été kidnappées à Kasuwar Daji, dans l’État de Zamfara, selon des témoignages de résidents cités par la presse.

Ces attaques illustrent la profondeur d’une crise qui dépasse la seule frontière nigériane. Banditisme armé, groupes jihadistes, enlèvements contre rançon et porosité des frontières alimentent une insécurité durable dans le nord-ouest, le nord-centre et le nord-est du pays. Les autorités nigérianes cherchent à démontrer une meilleure coordination entre armée, police, renseignement et services antiterroristes, mais la multiplication des rapts continue de mettre Abuja sous pression.

C’est dans ce climat que progresse le projet de réforme instituant des polices propres à chaque État du Nigeria. Le texte, transmis par Bola Tinubu et adopté par la Chambre des représentants, vise à créer un système policier dual : une police fédérale maintenue pour les enjeux nationaux et des services de police d’État chargés de répondre plus rapidement aux menaces locales. Ses partisans estiment qu’une telle décentralisation permettrait une meilleure connaissance du terrain, une intervention plus rapide et un renseignement de proximité plus efficace face aux enlèvements et aux attaques de groupes armés.

Mais cette réforme soulève aussi des interrogations. La création de polices d’État pourrait renforcer la capacité de réaction des gouverneurs, souvent présentés comme les premiers responsables de la sécurité locale sans disposer réellement du commandement opérationnel. Elle devra toutefois être encadrée par des garde-fous solides afin d’éviter les dérives politiques, les abus de pouvoir ou la concurrence entre forces fédérales et locales.

La réaction de l’AES rappelle enfin que la lutte contre le terrorisme et les enlèvements ne peut se limiter à des accusations croisées entre voisins. Si Abuja entend mieux sécuriser son territoire par la réforme de son architecture policière, la crise actuelle montre également la nécessité d’une coopération transfrontalière renforcée. Dans le nord du Nigeria comme dans le Sahel, l’ennemi circule, s’adapte et exploite les failles des États. La réponse, elle, devra donc être à la fois locale, nationale et régionale.



Le 09/08/26 à 02:40
modifié 09/08/26 à 02:56